Automatisation

Les 4 critères pour savoir si un process est automatisable

Greg Balastegui 7 min de lecture

« Est-ce qu'on peut automatiser ça ? »

C'est la question que posent la plupart des dirigeants de PME quand ils commencent à s'intéresser au sujet. Techniquement, la réponse est presque toujours oui. Avec suffisamment de temps et de budget, on peut automatiser à peu près n'importe quoi.

La vraie question est ailleurs : est-ce que ça vaut le coup ? Est-ce que l'automatisation tiendra dans six mois, ou est-ce qu'il faudra la réparer chaque semaine ?

Pour y répondre, nous utilisons 4 critères. Ils ne demandent aucune compétence technique. Un dirigeant ou un responsable administratif peut les appliquer seul, process par process, en quelques minutes.

Un préalable avant de commencer : vérifiez que la tâche a encore une raison d'exister. Automatiser une tâche inutile reste une perte de temps, simplement plus rapide. Nous avons détaillé ce tri préalable dans notre article sur les 3 questions à se poser avant d'automatiser.


Critère 1 : la tâche revient souvent

Une automatisation a un coût de départ : le temps de la concevoir, de la tester, de l'ajuster. Ce coût n'est rentabilisé que si la tâche revient assez souvent.

Le bon réflexe est de calculer le temps passé sur un mois, pas sur une occurrence. Une tâche de 5 minutes paraît anodine. Faite 10 fois par jour, elle représente plus de 15 heures par mois.

TâcheDurée unitaireFréquenceTemps par mois
Saisir une commande reçue par mail5 min10 par jour (20 jours)près de 17h
Envoyer une relance de devis10 min30 par mois5h
Préparer le reporting mensuel3h1 par mois3h
Créer le dossier d'un nouveau client20 min4 par moisenviron 1h20
Mettre à jour la grille tarifaire2h1 par an10 min

Le reporting mensuel, qui semble lourd, pèse moins que la saisie des commandes. La mise à jour annuelle des tarifs, elle, ne mérite pas d'automatisation : elle se fait une fois par an, et le temps de construire l'outil dépasserait des années de travail manuel.

Repère simple : en dessous d'une heure par mois, l'automatisation est rarement prioritaire. Au-delà de 4 ou 5 heures par mois, elle mérite d'être étudiée sérieusement.


Critère 2 : la règle peut s'écrire

Une automatisation applique des règles. Si vous ne pouvez pas écrire la règle, l'outil ne pourra pas l'appliquer.

Le test est simple : essayez de décrire la tâche sous la forme « si ceci, alors cela ».

  • « Si un devis n'a pas de réponse 7 jours après l'envoi, alors on envoie une relance. » La règle s'écrit. C'est automatisable.
  • « Si la facture dépasse 30 jours de retard, alors on prévient le commercial. » La règle s'écrit. C'est automatisable.
  • « On relance le client quand on sent que c'est le bon moment. » La règle ne s'écrit pas. Elle repose sur le jugement de quelqu'un.

Ce dernier cas n'est pas perdu pour autant. Souvent, en creusant, on découvre que « le bon moment » cache une règle implicite que personne n'a jamais formulée : le client a ouvert le devis, ou la saison démarre, ou il a rappelé pour une question. Formuler cette règle est déjà un progrès, même si on n'automatise rien ensuite.

Et quand le jugement humain reste indispensable, il est souvent possible d'automatiser tout ce qui l'entoure. L'outil prépare le dossier, la personne décide, l'outil exécute la suite.

Repère simple : si la personne qui fait la tâche est capable d'expliquer en cinq minutes comment elle décide, le critère est rempli. Si elle répond « ça dépend » sans pouvoir dire de quoi, il ne l'est pas encore.


Critère 3 : les informations arrivent sous forme numérique

Un outil d'automatisation lit des informations : un mail, un formulaire, une ligne de tableur, un fichier PDF, une base de données. Il ne lit pas un post-it, un carnet ou une conversation dans le couloir.

Regardez d'où viennent les informations dont la tâche a besoin, et sous quelle forme :

Forme de l'informationAutomatisable ?
Formulaire en ligne, champs fixesOui, c'est le cas idéal
Tableur ou base de données bien tenusOui
Mail avec une structure toujours identiqueOui
Mail rédigé librement, PDF variésOui, avec l'aide de l'IA pour extraire les informations, et une vérification
Appel téléphonique, papier, échange oralNon, tant que l'information n'est pas saisie quelque part

L'arrivée de l'IA a élargi ce critère. Il y a quelques années, un bon de commande envoyé en PDF par chaque client sous un format différent bloquait toute automatisation. Aujourd'hui, l'IA sait en extraire les informations utiles avec une bonne fiabilité. Bonne, pas parfaite : il faut prévoir un contrôle.

Si les informations arrivent par téléphone ou sur papier, ce n'est pas une impasse. C'est le premier chantier à mener : faire en sorte qu'elles soient saisies au bon endroit, au bon format. Un simple formulaire remplace souvent un échange de trois mails.

Repère simple : si les informations nécessaires existent déjà dans un outil numérique, le critère est rempli.


Critère 4 : une erreur se rattrape

Toute automatisation finira un jour par se tromper. Une donnée mal saisie en amont, un cas que personne n'avait prévu, un outil tiers qui change son fonctionnement. La question n'est pas de savoir si une erreur arrivera, mais ce qu'elle coûtera.

Comparez deux situations :

  • Une relance de devis part chez un client qui avait déjà répondu par téléphone. C'est un peu gênant, un message d'excuse suffit.
  • Un virement fournisseur part deux fois, ou un document confidentiel est envoyé au mauvais destinataire. Là, l'erreur coûte cher et ne se rattrape pas facilement.

Ce critère ne dit pas qu'il faut renoncer à automatiser les tâches sensibles. Il dit qu'il faut adapter le niveau d'automatisation au coût de l'erreur.

Coût d'une erreurNiveau d'automatisation conseillé
Faible, facile à corrigerAutomatisation complète
Moyen, gênant pour un clientAutomatisation avec contrôle par échantillon
Élevé, financier ou juridiqueL'outil prépare, une personne valide avant l'envoi

Repère simple : demandez-vous ce qui se passerait si l'automatisation se trompait une fois sur cent pendant un mois. Si la réponse vous fait peur, gardez une validation humaine.


La grille de notation

Pour classer plusieurs process entre eux, notez chaque critère de 0 à 2 :

NoteFréquenceRègleInformationsErreur
0Moins d'1h par moisRepose sur le jugementOrales ou papierCoûteuse, irréversible
11h à 4h par moisPartiellement écriteNumériques mais variéesGênante
2Plus de 4h par moisS'écrit en « si, alors »Numériques et structuréesFacile à corriger

Additionnez. Le total va de 0 à 8.

TotalCe que cela veut dire
7 ou 8Excellent candidat. À traiter en premier.
5 ou 6Bon candidat, à condition de corriger le critère le plus faible.
3 ou 4Pas encore prêt. Travaillez d'abord le process lui-même.
0 à 2Pas un sujet d'automatisation aujourd'hui.

Un exemple au général : dans une PME de services, la relance des devis sans réponse obtient souvent 2 en fréquence, 2 en règle, 2 en informations (les devis sont dans un logiciel) et 2 en erreur. Total : 8. À l'inverse, la négociation des conditions avec un gros client obtient 0 en fréquence, 0 en règle, 1 en informations et 0 en erreur. Total : 1. Personne ne devrait chercher à l'automatiser.

Un point à garder en tête : un 0 sur un seul critère suffit souvent à bloquer le projet, même avec un bon total. Une tâche très fréquente dont la règle ne s'écrit pas reste difficile à automatiser. Dans ce cas, commencez par travailler ce critère.


Comment utiliser la grille dans votre entreprise

Étape 1 : listez les tâches qui agacent. Demandez à chaque personne de l'équipe les trois tâches qu'elle trouve les plus répétitives. Vous obtiendrez une liste de 10 à 20 tâches en une journée. Si vous voulez aller plus loin, notre méthode pour auditer ses process en 2 heures donne un cadre plus complet.

Étape 2 : notez chaque tâche. Avec la personne qui la fait, pas à sa place. C'est elle qui connaît la fréquence réelle, les exceptions et le coût des erreurs.

Étape 3 : classez et choisissez. Prenez la tâche la mieux notée, pas la plus spectaculaire. Une première automatisation réussie, même modeste, donne confiance à toute l'équipe.

Étape 4 : mesurez. Notez le temps passé avant, puis un mois après. C'est la base pour décider de la suite, et notre article sur la mesure du ROI de l'IA explique comment faire ce calcul sans se tromper.


Ce que la grille ne dit pas

La grille aide à trier. Elle ne remplace pas une discussion avec l'équipe.

Une tâche bien notée peut cacher un enjeu humain : une personne dont c'est le cœur du poste, ou un moment d'échange avec les clients que l'équipe tient à garder. Une tâche mal notée peut devenir un excellent candidat après un petit travail d'organisation, comme la mise en place d'un formulaire.

Utilisez-la comme un point de départ, pas comme un verdict.


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